Votre défi : réussir la montée du Ventoux par Bédoin

Escalader le Géant de Provence est le rêve de tout passionné de cyclisme, mais attention ! La montée par Bédoin peut se transformer en véritable galère si vous n’y êtes pas préparé.

magazine Cyclo coach ventoux coaching-photo 3

Le Mont Ventoux se dresse dans la plaine provençale du Comtat Venaissin, tel un phare altier qui indique la route à suivre. Si vous êtes déjà au point, vous pouvez en faire un véritable objectif. Mais si vous manquez d’entraînement, essayez d’abord par Sault et prenez le temps de vous entraîner en vue de défier les pentes mythiques à partir de Bédoin. Car, compte tenu du climat provençal, il est possible de s’attaquer à cette prestigieuse pente sans tomber dans un piège météorologique jusqu’à fin octobre, voire un peu plus tard… Veillez seulement de ne pas vous y risquer en cas de fort Mistral, car en haut, le bien nommé Col des Tempêtes devient dans ce cas le carrefour de rafales dépassant largement les 100km/h.

Un lieu magique

Ne pensez pas y trouver la quiétude : là haut, c’est un autre monde, un univers de rocaille blanchi au soleil de Provence, magnifié par le totem que constitue l’observatoire trônant en son point culminant, immense, si grand que même à plusieurs kilomètres, on croit approcher du sommet. Gare à celui qui s’y laisse prendre… En bas, le village de Bédoin n’est que douceur provençale alanguie sous ces arbres verdoyants, et mâtinée du rouge orangé des façades des maisons traditionnelles. Cette route a été construite en 1882 pour desservir l’observatoire météorologique. Et dès la fin du XIXe siècle, un pionnier du cyclotourisme gravit le Ventoux, Adolphe Benoit, le directeur du journal « La Provence Sportive ».

A sa suite, des dizaines de milliers de cyclotouristes ont souffert sur ces pentes, comme les forçats du Tour de France qui les ont montées dix-sept fois, avec neuf prestigieuses arrivées au sommet. De funeste mémoire, le Britannique Tom Simpson y laissa la vie le 13 juillet 1967, à moins de deux kilomètres du sommet, son cœur lâchant sous le poids conjugué du pourcentage, de la chaleur, de l’effort maximal, et des mœurs « dynamisantes » de l’époque. Une stèle rappelle sa mémoire à l’endroit où son souffle s’arrêta définitivement de happer l’oxygène brulant de cet été 1967. Beaucoup de cyclistes venus d’outre-manche y déposent régulièrement fleurs et souvenirs en sa mémoire. En fonction des jours, on y trouve des casquettes, des maillots, des boyaux, tout un fatras d’objets symboliques.

magazine Cyclo coach ventoux coaching-photo 2
magazine Cyclo coach ventoux coaching-photo 1

Comment réussir l’ascension du Ventoux par Bédoin ?

Au départ de Bédoin, à 300 mètres d’altitude, rien ne laisse présager ce qui va suivre… Autour de vous, vignes et vergers vous font promesse de libations sucrées pour votre retour d’en haut. Soyez prudent à la sortie de Bédoin et optez pour le petit plateau, même si la route ne se hisse pas à plus de 5%. Avec un peu de chance, vous entendrez même les encouragements des cigales. Attention aux mollets, à la sortie du hameau de Saint-Estève, un virage serré sur votre gauche annonce le début des choses sérieuses : c’est le virage de Sainte-Colombe.

Après ce premier virage, les dix kilomètres qui suivent sont extrêmement durs, car on est confrontés à de forts pourcentages. On est dans la forêt mais il n’y a pas vraiment d’air. Du coup, s’il fait très chaud, la température peut monter à plus de 35 degrés. C’est un passage délicat si l’on est déjà au bord de ses limites. Par contre, le goudron est de bonne facture, la route ayant été entièrement refaite en 2004, puis toujours entretenue. Les arbres qui vous protègent des ardeurs du soleil sont fameux : vous êtes sous les épaisses feuilles de la plus vaste cédraie d’Europe, avec 6300 hectares datant de l’époque de Napoléon III. Les moins essoufflés apercevront les sapins, les chênes verts, et les pins noirs, qui avec les cèdres peuplent cette imposante forêt. La route est raide, le pourcentage ne descendant jamais sous les 9%, poussant même des pointes à près de 11%. Contrairement aux cols des Alpes qui sont tracés avec des virages en replats – on voit les pros sprinter à chaque virage de l’Alpe d’Huez – ici, très peu de virages permettent de récupérer, imposant à tous de tous petits braquets. Même les pros sont petit plateau et grande couronne…

A la sortie de la forêt, voilà le fameux Chalet Reynard, point d’accueil d’une modeste et familiale station de ski. Construit en 1927, le Chalet Reynard offre le premier regard vers le sommet et permet un petit moment de récupération car il propose un replat sur une distance d’un kilomètre, mais en revanche, il n’y a plus aucun arbre. Dès lors, ça permet de souffler un peu et on peut mettre du braquet. Mais attention, car généralement, il y a également vent de face. Dans de telles conditions, il faut laisser faire si l’on roule en groupe ; soyez malin ! Profitez-en, il vous reste un gros 5 kilomètres dans un désert de rocailles souvent surchauffées. La route monte plein ouest, zébrant entre les immenses pierriers, promettant une arrivée qui ne se présente jamais.

Ensuite, on escalade des pentes complètement dénudées. On évolue dans un décor lunaire. C’est impressionnant. Tactiquement, il faut alors savoir gérer au mieux cette portion-là et attendre patiemment les deux derniers kilomètres d’ascension qui sont terribles. Dans cette montée, il y a un endroit tout particulièrement stratégique. Celui-ci se situe au passage devant la stèle de Tom Simpson. C’est à partir de là qu’on peut vraiment se donner à fond et avant que ne tombe le verdict : suis-je dans un grand jour ?

On ne sait si on a réussi son ascension que lors des derniers lacets à 9%, après le Col des Tempêtes à 1829 mètres, dernière étape avant le final en crête, sur votre droite, qui vous permet de rejoindre le point culminant à 1910 mètres. Vous êtes au sommet, tout à côté du grand radar, de la grande tour rouge et blanche, symbole du Ventoux. Prenez le temps d’admirer le paysage autour de vous avant de redescendre : vous êtes au cœur d’un panoramique circulaire qui offre à votre regard les Alpilles, les Cévennes, le Pelvoux par beau temps clair, le Lubéron, le Vercors, la vallée du Rhône, et même Marseille et l’étang de Berre. Les jours de belle luminosité, au loin, plein ouest, le Canigou, sommet le plus oriental des Pyrénées est à portée de vue ! Mais peut-être que le vent vous incitera à redescendre au plus vite. Songez qu’ici, il a été enregistré un record de vent à 320 kilomètre/heure ! Plusieurs mois par an, l’amplitude thermique entre Bédoin et le sommet peut atteindre 30°C… On vous aura prévenu.

Photo : Bruno Cavelier

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Partager sur LinkedIn
Partager sur WhatsApp
Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire